Belleville au cœur

Belleville au cœur

By Christian Page

  • Release Date : 2018-10-31
  • Genre : Biographies et mémoires
  • FIle Size : 1.24 MB
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Description

Belleville au cœur Un témoignage bouleversant sur la vie quotidienne d’un sans domicile fixe à Paris : la langueur des jours, le regard des autres, la violence, la pitié, les ivresses du bonheur, les trucs, les clans, l’amour et le temps qui s’accélère.

Comme avant lui George Orwell (Dans la dèche à Paris et à Londres) ou Louis Calaferte (Partage des vivants), Christian Page entre en littérature par la rue. Son premier livre, qui en appellera d’autres, est un témoignage bouleversant sur la vie quotidienne d’un sans domicile fixe, place Sainte-Marthe, au coeur de Belleville, à Paris.
Figure locale à la réputation internationale, déplaçant CNN et les télévisions du monde, Christian Page est poète. Nous avons fait sa connaissance au tout début des primaires des Républicains, lorsque, interrogé par un journaliste de Radio France sur la candidature surprise de François Fillon, il avait eu ce jugement aussi prémonitoire qu’oulipien : « Fillon ? Si j’enlève une lettre, j’obtiens Filon. J’en enlève deux ça fait Fion, j’en enlève trois, j’arrive à Fin, et si j’en enlève quatre ça fait FN. »
Christian Page raconte la langueur des jours et le regard des autres, la violence, la pitié, les ivresses du bonheur, les trucs, les clans, l’amour et le temps qui s’accélère. Une vie qui bascule, c’est toujours la même histoire, trois accidents cumulés : travail, couple, logement. Après, il faut tenir, durer, rester digne et chaque jour recommencer.
Christian est sans domicile fixe depuis quatre ans. Il a choisi de faire paraître son livre pour la « trêve hivernale », ce moment de l’année où la rue nous rappelle que, chaque jour, en France, un SDF meurt. Belleville au coeur est dédié à ces milliers d’anonymes, ces femmes, ces hommes qu’on a croisés sans doute, mais sans jamais les voir.

Découvrez un témoignage poétique et poignant dédié à ces milliers d’anonymes, ces femmes, ces hommes qu’on a croisés sans doute, mais sans jamais les voir.

EXTRAIT

D’un joli coup de pied, il a fait exploser une fenêtre en mille morceaux. C’est bien la première fois, je crois, qu’il a coupé la parole à Grand Gilles. Il est passé en premier, moi en second. Grand Gilles faisait le guet à l’extérieur, avec sa deuxième bouteille à la main.
On s’est engouffrés dans un grand couloir sombre. Romain a sorti sa lampe de poche à la recherche du compteur électrique. Moi, j’étais chargé de vérifier les points d’eau.
J’ai tourné un robinet et, miracle, la flotte a coulé. Je n’en revenais pas. Non seulement l’eau fonctionnait, mais en plus les ouvriers avaient laissé le chauffe-eau en état de marche. Je me suis rué hors des chiottes pour annoncer la nouvelle au grand frère et c’est là que j’ai vu, d’un coup, toutes les lumières s’allumer. À l’autre bout du couloir, j’ai entendu un cri de joie.
Le Dragon était né.
En moins d’une semaine, le squat était opérationnel. On avait fait venir tous les militants du DAL, tous les sans-abri, tous les sans-papiers volontaires de notre réseau. On ne manquait pas de main-d’œuvre.
Dans cette vieille école pour jeunes filles rangées, il y avait assez de place pour loger deux cents personnes. Une fois réhabilité, le bâtiment de droite accueillait les familles, le bâtiment de gauche les célibataires et les bureaux. Les premières semaines, les hommes, les femmes et les enfants arrivaient avec leurs valises. On leur expliquait les conditions de base : propreté, respect des lieux, vie en communauté. Dans un squat, il y a toujours des règles et un groupe pour les faire respecter. Les premiers arrivés ordonnent et les seconds obéissent. C’est la loi de la rue.

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